L’heure de vérité pour le millésime 2014…

 

Les premiers coups de sécateurs sont venus, depuis une douzaine de jours, sonner le glas de nos merlots septuagénaires sur graves les plus précoces … Depuis, la météorologie historiquement favorable de septembre et début octobre nous conforte dans la patience sereine d’équilibres gustatifs parfaits, permise par le travail d’orfèvre effectué en amont, à la vigne, au cours d’un été pour le moins capricieux.

Tout avait pourtant commencé par un débourrement hâtif, comparable en termes de précocité aux millésimes 2003, 2007 et 2011. Mais les atermoiements printaniers du thermomètre ont rapidement ramené 2014 dans la moyenne des 15 derniers millésimes, sans toutefois altérer la qualité de floraison.

Avec 48 jours de pluie d’avril à juillet, 2014 se présente comme un printemps particulièrement arrosé. Les baies ont ainsi eu, très tôt, les ingrédients nécessaires à une croissance sans contraintes, tant sur le plan hydrique que minéral. La pluviosité d’août a prolongé ce phénomène à la véraison, nécessitant, y compris sur nos vignes les mieux régulées, des passages visant à la fois à réduire la charge et en homogénéiser l’avancée phénologique. Ce fut aisé sur les cabernets francs et cabernets sauvignons, dont l’étalement de la pousse s’est répercuté sur la phénologie étagée des grappes, au gré de leur sortie.

Les troisièmes grappes, voire les deuxièmes, le long d’un même rameau, présentaient ainsi un net retard qui les condamnait, avant même de se pigmenter, à ne pas franchir la porte du cuvier. Hormis sur nos terroirs les plus tardifs où ce même étalement a facilité la sélection, ce fut plus délicat sur les merlots, dont l’hétérogénéité devait s’apprécier et se corriger à l’échelle intra-grappe.

L’abnégation de nos équipes-vignes, la générosité du mois de septembre faisant écho à ceux des mythiques 1961 et 1985, et enfin les différents moyens de tri à la réception, semblent, à l’heure où les premiers raisins cueillis rendent leur copie, avoir permis de tirer le meilleur de cette variété de profils, inhérente à cette véraison qui aura, fait rare, duré jusqu’à 4-5 semaines sur certaines parcelles. Illustration s’il en est, de ce que la diversité peut offrir en termes de complexité.

Cette quête de complexité, nous la poursuivons d’ailleurs aujourd’hui, avec la cueillette de nos vieux cabernets-francs qui, à en juger par leur fraîcheur, devraient cette année encore, incarner ce mélange de gourmandise et de végétalité noble qui est l’essence même des Carmes.

REALISATIONS PICHET -33-BORDEAUX-AQUITAINE-FRANCE-©PhilippeLabeguerie